Baise-Livres
20Mar/120

12 hommes 12 livres: Martin Forgues et le monde étrange de D’Ormesson

Posted by Joseph Elfassi

J'ai demandé à 12 hommes de me recommander des livres importants pour eux. Mon but final est de réévaluer mon rapport avec eux et avec les hommes en général. Lors d'une journée particulièrement chaude de Mars, je rencontre Martin Forgues, journaliste indépendant, pour discuter de “C'est une chose étrange à la fin que le monde”, roman philosophique de Jean d'Ormesson, de l'Académie Française.

J'avoue que c'est un changement agréable par rapport à nos rencontres habituelles: je salue généralement Martin à 5h30 du matin tandis que je prépare ma co-animation pour les Oranges Pressées à CIBL, et s'il y a à boire, c'est du café, non pas des pintes de bière blondes que nous partageons dans ce pub typiquement irlandais sur Crescent. L'atmosphère est plus détendue, Martin aussi bavard et pertinent, et je suis beaucoup plus disposé à l'écouter maintenant que lorsque je prépare une brève sur un accord économique entre la Chine et le Canada ou sur la politique municipale.

J'étais surpris que Martin me suggère ce livre. C'est un journaliste indépendant ambitieux et débrouillard. Le journalisme est à peu près le principal sujet de conversation entre cet homme d'une intelligence et d'une culture surprenantes et moi-même. Le contrat qu'il a reçu pour parler d'une pizzeria de luxe à Québec, son ambition d'aller au Moyen-Orient parler à des réfugiés Syriens, son implication en tant que vice-président de l'Association des Journalistes Indépendants du Québec; le travail de Martin est basé sur le compte-rendu du réel. Qu'il me suggère un roman dont un des narrateurs, le Vieux, est en fait un Dieu omnipotent qui regarde avec un certain amusement l'évolution de l'Homme, ça me semblait incohérent, contraire à l'image que j'ai d'un homme dont la réalité est ancrée dans les faits observables et quantifiables.

En fait, c'est la capacité d'Ormesson d'explorer une philosophie alternative aux deux courants dominants (le théologisme des extremistes religieux d'une part et les athées agressifs à la Onfray et Dawkins, d'autre part) qui a charmé Martin, qui s'enorgueillit de sa propre capacité à penser différemment, outside the box: dans sa carrière de 12 ans dans l'armée, il a appris, par exemple, à ne pas s'aliéner les populations locales en Afghanistan en commençant par ne pas les voir en tant qu'ennemis, contrairement à certains de ses confrères. Et lorsqu'il donnait des formations à des recrues, il a essayé d'abandonner l'angle hyper autoritaire propre à l'armée et d'adopter un ton plus professoral, plus sympathique.

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La conciliation semble être l'approche favorisée par cet ex-soldat désormais journaliste: est-ce que Jean d'Ormesson essaie de concilier deux visions? Martin me mentionne l'insigne “Dieu est mort”, signée par Nietzsche que le narrateur avait aperçu dans une université. Une main avait écrit par dessus “Nietzsche est mort”, signée par Dieu. Cela traduisait, selon Martin, l'éternité du débat entourant la question divine. Personne ne saura jamais. Certains ont l'arrogance de prétendre offrir une réponse définitive, mais personne ne sait. D'Ormesson, vieillissant, sage, conciliant même, décide de laisser en héritage philosophique la possibilité d'un Dieu bienveillant et générique, seule piste de réponse (aussi complexe soit-elle) à cette question classique de l'existence: Pourquoi sommes-nous là, et qu'y avait-il avant le temps, avant le Big Bang, avant le mur de Planck?

Le mur de Planck est un concept scientifique qui définit un très, très court instant juste après le Big Bang: scientifiquement, nous ne sommes pas capables d'aller plus loin dans le passé. Pourtant, si D'Ormesson s'attarde au mur de Planck, il ne se heurte pas à un mur littéraire ou philosophique: sa plume est particulièrement riche et étonnamment humble pour un membre de l'Académie Française, un littéraire consacré, finalement. Mais comme dirait Jacques Parizeau par rapport à lui-même, "he's on his way out," et peut-être qu'il n'a que faire des chicanes et des affirmations absolues, pour le peu de temps qu'il lui reste sur cette terre dont les origines s'arrêtent à cet infiniment petit instant où le monde, tout simplement, a commencé à être. Bel héritage pour un homme qui bientôt rejoindra Neitzsche, ou Dieu, c'est selon.

26Oct/110

Baise-Livres en vedette sur Tagtélé

Posted by Joseph Elfassi

Petite note pour vous partager notre enthousiasme: les capsules vidéos de Baise-Livres seront désormais présentées en vedettes sur le site web de Tagtélé.

Notre compte youtube sera toujours mis à jour, mais à partir de maintenant, chaque semaine, une de nos vidéos sera présente en vedette sur le site web de ce portail vidéo Québécois.

On apprécie le geste!

21Mar/112

Un livre dangereux, pour moi, c’est…

Qu'est-ce qu'un livre dangereux ? J'ai hésité entre plusieurs titres. Les liaisons dangereuses, de Laclos, pour la manière dont il expose les faces peu reluisantes de la psyché humaine et de notre tendance à la manipulation ? Madame Bovary, de Flaubert, parce qu'en le lisant, je me suis rendue compte de toute la laideur de la féminité ? Trois femmes puissantes, de Marie Ndiaye, L'amour humain, d'Andrei Makine ou la poésie de Denis Vanier ? Toutes ces oeuvres me déstabilisent, me font presque - ou carrément-  mal et remettent en question mon rapport à moi et aux autres.

Finalement, j'ai arrêté mon choix sur La famille se crée en copulant, de Jacob Wren, qu'on m'avait conseillé il y a trois ans, à la fin d'un party. Je suis vraiment contente de m'être souvenue du titre le lendemain matin !  Voilà pourquoi : YouTube Preview Image