Baise-Livres
25Mar/120

Le Vieux qui lisait des romans d’amour ou le bonheur de savoir lire

Posted by Delphine Folliet

Le week-end dernier, confortablement installée dans un fauteuil près du poêle, dans une maison douillette du Vermont, j'ai relu Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, un écrivain chilien. J'ai eu toutes les peines du monde à mettre la main dessus, et après avoir fait la tournée des librairies de Montréal qui affichaient « stock épuisé », j'ai renoncé à renouer avec cette lecture qui remontait déjà à une dizaine d'année. C'était sans compter l'aide de mon ami Joseph qui, lors d'une brève conversation m'a annoncé : « Je l'ai dans la bibliothèque. Je ne sais pas où, je ne sais pas à quoi il ressemble, je ne l'ai pas lu. Mais je l'ai. Je te l'apporte la semaine prochaine ».

L'exemplaire de Joseph était jauni et gondolé par un certain dégât des eaux. Ça sentait la librairie d'occasion, mais peu importe sa provenance, le livre était là.

Le vieux qui lisait des romans d'amour

Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda

Le Vieux qui lisait des romans d'amour est empreint d'images et d'odeurs. Et il suffit de parcourir les premières lignes pour être transporté à El Idilio. Un paradis dans la forêt amazonienne? Non, une puanteur aux confins de l'Equateur. Une terre appartenant aux Indiens Shuars, sauvage, dangereuse, inhospitalière pour ceux qui ne savent pas l'apprivoiser. Un royaume où règnent les sauvages, Indiens et animaux. Du moins du point de vue du maire d'El Idilio, obèse stupide, représentant d'une autorité tellement lointaine. L'odeur nauséabonde qui se dégage d'El Idilio est difficilement supportable : je suffoque en lisant. Le maire transpire à grosses gouttes dans la moiteur de la forêt. A cela s'ajoute une scène d'ouverture magistrale. Le dentiste qui se rend à El Idilio deux fois par an se livre aux seuls soins qu'il prodigue à ces colons chercheurs d'or : l'arrachage de dents. On n'en compte plus des bouches aux chicots déracinés. La tenaille extirpe sans pitié.

Et s'enchaîne sans tarder la prochaine agression olfactive : le cadavre d'un homme blanc est découvert dans une pirogue par les Indiens. Outre la puanteur du cadavre, l'odeur d'urine est prégnante. L'homme s'est fait déchiqueter par un félin qui a marqué son territoire : « Ça sent la pisse de chat, dit un badaud. - De chatte, oui. De grosse chatte, précisa le vieux ».

La forêt amazonienne s'imprègne peu à peu en moi. Les images qui est ressortent sont brutales : la peur (des Indiens, des bêtes), la solitude, la menace de tout ce qui vient de la nature. Les plantes gigantesques, le fleuve puissant, la pluie incessante, la boue envahissante... Tout est hostile ici.

Rien de gracieux dans ce livre, me demanderez-vous? Seule la bassesse humaine de ces blancs qui massacrent les petits d'une mère féline qui souffre à en devenir folle? Oui, mais pas que. Parce qu'ici vit le vieux qui lit de romans d'amour. Et comment il les aime ses romans? Avec « des souffrances, des amours désespérées et des fins heureuses ». Et le vieux, il n'aime pas être dérangé dans sa lecture par la bêtise humaine. Antonio José Bolivar Proano découvre qu'il sait lire à un âge déjà avancé. Il faut dire qu'en vivant dans la forêt auprès des Indiens Shuars, la lecture ne faisait pas vraiment partie des activités du quotidien. Mais lorsqu'il se range à El Idilio, il découvre qu'il sait lire. « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie ». Et pour le lecteur du Vieux qui lisait des romans d'amour, c'est l'instant magique de la lecture qui est porté à ses nues. Le vieux devient curieux des livres et c'est à un curé de passage à El Idilio qu'il s'en ouvre. Le curé a entre les mains un ouvrage sur Saint-François : « Tous les livres parlent de saints? - Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître. […] - De quoi parlent les autres livres? - Je viens de te le dire. D'un tas de choses. D'aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d'amour... - Ce dernier point l'intéressa ».

Et Antonio José Bolivar lit des histoires d'amour qui se déroulent à Paris, à Genève, à Londres, à Prague, à Barcelone. Venise lui donne du fil à retordre : une ville aux rues inondées dans lesquelles les gens se déplacent en gondole...En gondole... Peut-être une sorte de pirogue... Et on jubile lorsqu'il s'interroge sur ce que peut bien être un baiser « ardent ».

Et on compatit lorsque, à court de lecture, en attendant le prochain bateau qui lui apportera ses romans, il découvre « sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégé par la bête nommée solitude ». Le plaisir de lire est universel et la lecture est sans frontière, dites-vous. Et bien c'est le vieux qui m'en a fait la plus belle des démonstrations.

Et moi, ce vieux qui lit des romans d'amour, qui connaît la forêt, qui respecte la nature, qui déplore la bêtise des hommes blancs, qu'est-ce que je l'aime!

21Jul/110

Je lis Le Clézio dans le métro

Posted by Joseph Elfassi

Le 31 décembre, j’achète 34 livres grâce à une généreuse carte-cadeau du temps des fêtes. Je relate, dans ce blog, ma quête pour lire les 34 livres aussi rapidement que possible. Dans quel but? Qui sait?

L’été de mes 17 ans. Ma copine de l’époque et moi sommes installés sur un drap posé sur la pelouse des résidences du cégep. Elle porte un bikini jaune, à la fois innocemment mignon et violemment sexy. Allongés, l’un contre l’autre, nous lisons à haute voix, tour à tour, des paragraphes de La Lenteur de Milan Kundera.

Jamais plus aucune lecture de Milan Kundera ne me fera le même effet, même assis sept ans plus tard à lire L’insoutenable légèreté de l’être au Parc Lafontaine, cette fois-ci, seul. Aussi, à cause des goûts musicaux de cette ancienne copine, je ne peux plus vraiment écouter du Sublime sans ressentir une pointe de nostalgie pour une époque absolument et terriblement révolue. Cependant, c’est une toute autre histoire.

Mes lectures actuelles se font dans un contexte moins romantique. N’étant pas détenteur de permis de conduire, je lis principalement dans les transports en commun.

On s’en fout, n’est-ce pas?

En fait, je propose cette réflexion aujourd’hui parce que j’ai éprouvé un sentiment bizarre en lisant Ritournelle de la faim de J.M.G Le Clézio, récipiendaire du Prix Nobel de littérature en 2008, l’année même de la publication du susmentionné roman. Le sentiment? L’indifférence. Complètement incapable de me captiver. Mes yeux scannaient les mots, mes doigts tournaient les pages, des bribes d’information s’enregistraient dans mon cerveau, mais sinon, presque rien. Et je me suis demandé si c’était une question de contexte.

Était-ce à cause de la chaleur accablante des derniers jours, subsie en coexistence forcée avec des trentaines de voyageurs, au milieu d’un Montréal congestionné et lent? Était-ce ma charge de travail qui, pour la première fois, semblait tellement lourde qu’elle me faisait oublier la littérature, supposée me permettre une certaine fuite vers un monde autre, dans lequel je ne suis que spectateur?

Ou était-ce le roman? Ici et là, quelques phrases du roman traitant d’une jeune femme qui vit à Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale me marquent, surtout vers la fin. Les cinquante dernières pages racontent la fin de la guerre, et la triste nostalgie qui habite les lignes me plaît. Reste que si le livre était une piscine, j’y aurai mouillé mes pieds, mais l’eau n’aurait jamais été suffisamment attirante pour que j’y plonge complètement.

J’ai toujours détesté ces images d’une femme dans la quarantaine assise confortablement dans un sofa au milieu d’un salon stylisé en train de lire un roman, arborant un petit sourire niais. Pour moi, la lecture a toujours été quelque chose de plus intense, vrai, presque dangereux, mais je me demande, aujourd’hui après la lecture de Ritournelle de la faim : y a-t-il un contexte de lecture idéal que je devrais trouver? Vous, où lisez-vous?

 

 

Ritournelle de la faim, J.M.G Le Clézio, publié chez Gallimard, 2008, 205 pages.

5Jul/110

Le premier livre de Joseph

Posted by Joseph Elfassi

Dans la capsule ici-bas, je raconte comment mes lectures obligatoires à l'école n'ont pas réussi à me stimuler: Poils de Carotte, Une jument extraordinaire, Le tour du monde en quatre-vingt jours (titre crédible, je l'avoue) et autres récits de l'holocauste inévitables lorsqu'on reçoit une éducation juive sont des titres qui n'ont pas réveillé le lecteur en moi. Et puis, voilà, secondaire 4, Rouyn-Noranda, ma professeure me passe un roman d'Amélie Nothomb. Et lire devient possible.

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