Baise-Livres
1Aug/110

Candide détruit son jardin en ricanant

Vous a-t-on déjà débité des banalités toutes faites, dans le genre « aide-toi et le ciel t’aidera », lorsque vous étiez en proie au défaitisme ? Ces formules préfabriquées vous ont-elle agacées, par les évidentes tautologies qui les sous-tendent ? Le long poème Les Occidentales de Maggie Roussel a bien failli s’intituler Pensées négatives, si l’on en croit la postface de Mathieu Arsenault. Justement, ce texte ingénieux amalgame formules positives et ripostes pessimistes à de magnifiques images où perce un surréalisme éclaté. Il y a, semble-t-il, derrière ce texte une volonté de mettre en échec les proverbes que l’on ânonne machinalement en serrant les dents, en espérant que cesse le désespoir.

Des phrases empreintes de banalité telles que « Le lapin chie dans le haut de forme, pas de magie. » (p.15) côtoient des fragments plus solennels, comme «  sonner le glas des fureurs enfantines » (p.61) ou « d’infimes échecs / comme des éclats de verre qui se sont logés sous les chairs. » (p.49) Ici, on est loin de Candide qui cultive son jardin. Le désenchantement du « je » poétique est palpable à travers maintes allusions à l’imaginaire de l’enfance et des contes, qui se trouve sans cesse détrôné, remis en cause : « Suis-je le cochon à la maison de briques ? / Me dégonfler pour la énième fois et demeurer bêtement au ras des pâquerettes » (p.36)

Le livre est marqué par un obsédant culte de la performance, toujours échouée par le « je » qui énonce : « L’efficacité requise m’échappe, débilité, tout un monde étranger » (p.57). En lisant « Nos corps surimmunisés, euphoriques, lisses comme des crêpes » (p.57), me sont venues des réminiscences de la pièce Hard Copy d’Isabelle Sorente, à laquelle j’avais assisté lorsque j'étais au cégep.

YouTube Preview Image

Cette pièce pose un regard sur des femmes qui se vautrent dans une obsession de la performance qui formate et encadre leur féminité puis les pousse finalement à commettre des violences inouïes. Le texte de Maggie Roussel est par ailleurs plus riche en nuances que celui de Sorente, qui joue malgré tout avec les lieux communs et l’aliénation qu’ils engendrent chez ceux qui se les approprient trop volontiers.

À la toute fin du livre, l’on trouve la postface de Mathieu Arsenault qui explique avec humour et doigté que ce livre se veut l’équivalent littéraire d’un « troll » sur le web, une absurdité grosse comme le bras, un doigt d’honneur à la trivialité de nos conversations. Les Occidentales de Maggie Roussel m'a d'abord plongée dans une étrange perplexité, ne sachant trop sur quel pied danser. Toutefois, plus le texte se déploie, plus l'ironie est palpable. Bref, un poème qui oscille entre lyrisme et humour, sur un ton juste, qui ne tombe pas dans les exagérations braillardes et ne se borne pas non plus à balancer des calembours gros et gras.

Les Occidentales, Maggie Roussel, Le Quartanier, 2010, 75 p.