Baise-Livres interviewe Mathieu Bock-Coté
Dans le cadre de ma co-animation matinale aux Oranges Pressées à CIBL, je souhaite faire une série d'entrevues avec des auteurs d'essais portant sur la politique et la société québécoises. Mathieu Bock-Coté, chroniqueur au Journal de Montréal et chargé de cours à l'UQÀM, a récemment lancé son essai "Fin de cycle - À l'origine du malaise politique québécois". Je l'ai donc interviewé concernant certains points importants de son livre, notamment le paradoxe du Bloc Québécois, le futur du Parti Québécois et la nature de son conservatisme. N'hésitez pas à commenter si vous avez des questions ou des réactions.
Au moment où ces lignes sont publiées, j'aurai interviewé, par téléphone, Françoise David, présidente de Québec Solidaire, concernant son essai "De colère et d'espoir". J'essaie de retransmettre cette entrevue téléphonique sur le blog!
12 hommes 12 livres: Youssef Shoufan et L’Art presque perdu de ne rien faire
J'ai demandé à 12 hommes de me recommander des livres importants pour eux. Mon but final est de réévaluer mon rapport avec eux et avec les hommes en général. Un soir de janvier, je rencontre Youssef, ami, photographe, penseur, voyageur, pour parler du dernier livre de Dany Laferrière, que l'auteur qualifie d'autobiographie de ses pensées. On parle.
On revient souvent vers la dualité de l'être. Les images saisissantes sont récurrentes dans le livre : un livre est une carte de trésor, dont l'auteur possède la moitié de la carte, et le lecteur, la deuxième partie. Le temps est une rivière, que nous sommes. Ce tigre de Borges, qui le déchire alors qu'il est lui-même ce tigre. Et cette image qui frappe Youssef, de l'interdépendance du voyageur et du sédentaire. Entre celui qui prend le train et celui qui attend à la gare pour entendre son histoire. Comme quoi les deux ont sauvagement besoin de l'autre pour exister.
Mais qui es-tu, Youssef, entre les deux ? « Moi je suis le voyageur. » C'est une réponse légitime. Youssef a quand même foulé le sol de plusieurs pays dans différents continents. Petite pause. « Mais je suis aussi le gars qui attend au quai un peu. » Comme quoi, on raconte des histoires et on se fait raconter des histoires.
Dany Laferrière parle de cet homme qui a décidé d'être incognito pour éviter d'être repéré par le dictateur. Si longtemps qu'il est resté incognito longtemps après que le dictateur soit parti. Cela me fait penser à ce qu'il dit des chefs-d'oeuvre, qu'ils sont dangereux parce qu'il leur arrive parfois de dépasser leurs buts. Comme cet incognito trop longtemps caché qu'il n'identifiait plus ce qu'il évitait. Il a dépassé son but. Est-ce que Youssef les dépasse, ses buts ? En a-t-il ?
« Mon père me pose cette question, mais je ne sais pas vraiment quoi répondre ». S'il n'a pas de but précis, Youssef est quand même un hyperactif : photographe, édimestre, vidéaste, intervenant...mais n’a-t-il pas de buts précis ? « En fait, je n'ai jamais de but qui va plus loin qu'un an. » Il pense. Lentement, il arrive vers sa réflexion. « Mon seul but, à long terme, serait l'immortalité, dans le fond. »
Non pas l'immortalité physique de quelqu'un qui ne meurt jamais, mais de quelqu'un qui continue d'exister aux yeux des autres, à travers ses romans, ses pensées, quelqu'un qui a sa place dans ces cimetières de Laferrière, les bibliothèques. Youssef souhaite donc écrire éventuellement une œuvre qui pourrait rester dans l'imaginaire des gens. « Si ma vie s'arrêtait là, est-ce qu'il y aurait une seule phrase que j'ai dite que quelqu'un lirait dans cent ans et trouverait qu’elle est bien formulée ? ». Youssef me rappelle que nous sommes tous les deux un peu obsédés par cette notoriété artistique, qui, une fois la mort arrivée, ne vaut plus rien réellement. Il faut un certain niveau d'acceptation.
Quand Laferrière parle d'un auteur qui renaît à chaque lecture, conclut Youssef, il doit un peu penser à lui-même, non ? Et s'il parle de lui-même comme étant découvert dans le futur, dans son propre livre, c'est qu'il a un peu accepté l'idée de se propre mort ?
Mais qu'est-ce que la mort, je me demande, pour un homme qui considère qu'il est la rivière du temps dont la source remonte à l'enfance ? Pour cet homme qui lit des poèmes avant de se coucher, et qui croit que l'on construit l'univers en dormant ?
Dany Laferrière nous démontre, dans L'art presque perdu de ne rien faire, sa façon originale et presque spirituelle d'aborder ces questions éternelles du temps, de la mort, du sommeil et de l'art. Dany Laferrière n'est pas avec nous lorsqu'on discute de lui à La Petite Cuillère, mais ces pauses entre les phrases d'Hemingway, dont il parle, qui sont chargées du « poids des rêves de ces lectures », composent la conversation entre Youssef et moi. Tour à tour nous lisons ses phrases, et permettons à ces silences, ce poids de rêve, d'exister entre nous. Si l'auteur n'est pas là, physiquement, avec nous, deux copies de son livre reposent sur la table du café tandis qu'on fait vivre, ou renaître, ses pensées.
Le livre refuge de Gary Victor
À l'instar de Laurance Ouellet-Tremblay, Gary Victor s'est prêté au jeu de la minute Baise-Livres. Il nous présente ici son livre refuge, celui vers lequel il peut toujours se tourner quand il lui semble que tout, autour de lui, s'évanouit ou se nimbe de brume...
Gary Victor, extrêmes et ambiguïtés
Depuis le jour où mes yeux ont sillonné les dernières lignes de Saison de porcs, Gary Victor figure parmi mes auteurs pref', aux côtés de Chrétien de Troyes et de l'énergumène dont l'esprit tordu a produit Le Haut Livre du Graal. Moment jubilatoire s'il en est, j'ai eu l'occasion d'interviewer l'auteur le plus lu d'Haïti lors de son bref passage à Montréal. Voici le résultat !
Qui plus est, si vous souhaitez découvrir d'autres auteurs des éditions Mémoire d'encrier, je vous invite à regarder ce vidéo tourné lors d'une soirée de lectures publiques, de rencontres et de dédicaces organisée à la librairie Le Port de Tête quelques jours avant le Salon du Livre de Montréal.
Comment ne suis-je pas venue à bout de l’énigme…?
Lorsqu'on parle de littérature, il est de bon ton d'affirmer aimer certains auteurs, et d'en dédaigner d'autres, dont la plume n'a pas su vous émouvoir ou vous édifier.
Parmi ces auteurs dont je n'ai jamais, au grand jamais, entendu dire de mal figure Dany Laferrière. Or, je vous avoue aujourd'hui que L'Énigme du retour m'a laissée de glace. J'ai refermé ce livre sans grand regret, environ à la moitié. J'avais gardé en moi ce secret honteux trop longtemps. Je vous le livre aujourd'hui.
Baise-Livres en vedette sur Tagtélé
Petite note pour vous partager notre enthousiasme: les capsules vidéos de Baise-Livres seront désormais présentées en vedettes sur le site web de Tagtélé.
Notre compte youtube sera toujours mis à jour, mais à partir de maintenant, chaque semaine, une de nos vidéos sera présente en vedette sur le site web de ce portail vidéo Québécois.
On apprécie le geste!
Entrevue avec Nicolas Langelier
J'ai eu le plaisir d'interviewer le journaliste/ chroniqueur / auteur / créateur compulsif de projet, Nicolas Langelier, concernant son livre Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles. À lire.
Le livre cabane de Laurance Ouellet-Tremblay
Lorsque nous avons rencontré l’auteure Laurance Ouellet-Tremblay, devant son enthousiasme face à Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar, nous avons eu une petite idée. Pourquoi ne pas lui demander de participer à la minute Baise-Livres, en tant qu’invité spéciale, pour lui permettre d'approfondir, devant caméra, son rapport intime avec ce livre ? Voici donc son témoignage sur une histoire d’amour particulière, où les genres doxiques sont ébranlés afin de parvenir à une certaine forme de lucidité.
Humbert Humbert, charmant pédophile
Où trace-t-on la ligne entre le monstre et l'humain ? Entre l'obsession et le crime ? En me plongeant dans Lolita de Nabokov, j'ai été happée par la dangereuse fascination du narrateur pour les jeunes nymphettes, demoiselles de 9 à 11 ans à la frontière entre l'enfance et l'adolescence. Le roman nous les montre à travers les yeux de Humbert Humbert, qui se meurt d'amour pour la petite Lolita, en qui s'allient une fraîcheur toute puérile et une étrange lubricité...
La langue maîtrisée et les effets parfaitement calculés de Nabokov tissent une dentelle de mots en laquelle il est presque impossible de voir percer le mal. Chez ce génie, le charme des mots a préséance sur la laideur des actes, qui s'estompe au contact de ses phrases d'une beauté sans faille.
Le premier livre de Joseph
Dans la capsule ici-bas, je raconte comment mes lectures obligatoires à l'école n'ont pas réussi à me stimuler: Poils de Carotte, Une jument extraordinaire, Le tour du monde en quatre-vingt jours (titre crédible, je l'avoue) et autres récits de l'holocauste inévitables lorsqu'on reçoit une éducation juive sont des titres qui n'ont pas réveillé le lecteur en moi. Et puis, voilà, secondaire 4, Rouyn-Noranda, ma professeure me passe un roman d'Amélie Nothomb. Et lire devient possible.







