Ces auteurs décevants
La littérature est devenue pour moi une façon de vivre mes rapports: avec des livres mais avec des auteurs. Certains dont le parcours est terminé ne peuvent pas me décevoir, je pense ici à Gil Courtemanche, à Nelly Arcan...
Cependant, certains auteurs sont pris dans des contrats lucratifs qui les obligent à produire, au détriment parfois d'une écriture stylisée et lisible. Je pense ici à Chuck Palahniuk et Amélie Nothomb. Et aujourd'hui je leur parle.
12 hommes 12 livres: Marc et Farenheit 451
J'ai demandé à 12 hommes de me recommander des livres importants pour eux. Mon but final est de réévaluer mon rapport avec eux et avec les hommes en général. Quelques semaines avant la mort de Ray Bradbury, je rencontre Marc, ami, avocat, qui m'avait recommandé Farenheit 451 du célèbre auteur de science-fiction.
Lorsque j'ai appris que Ray Bradbury est décédé, j’ai d'abord été surpris : j'ignorais que l'auteur, dont j'avais fini la deuxième lecture de Farenheit 451 la veille, était encore vivant. Son décès à changé mes plans initiaux pour la vidéo : moi qui comptais brûler le roman (geste discutable même en lien avec la nature du récit dans lequel des hommes brûlent tous les livres sur leur chemin dans un avenir dystopique), je décide, à la place, de distribuer ses œuvres à des quidams. Geste, d'ailleurs, qui se rapproche plus du Marc d'aujourd'hui.
« Quand j'ai lu ce livre pour la première fois, je devais avoir seize, dix-sept ans », m'explique-t-il. Le jeune Marc est dans une librairie, découvre le livre, se met à le lire et l'achève pratiquement en une seule soirée, sur les lieux. Il l'achète et brûle les coins de la première page, comme un hommage à Bradbury.
À cet âge, Marc s'identifie avec Montag, ce pompier (le terme anglophone original est « fireman », plus approprié selon moi) qui gagne sa vie à brûler des livres sans réfléchir, pour ensuite se vouer à leur protection avec une ardeur quasi-fanatique. « Il y a une phase de ma vie, que je regrette d'ailleurs, dans laquelle j'essayais de faire souffrir les autres », explique-t-il. : Je n’ai pas connu Marc alors qu’il était dans cette période, même si je le côtoie depuis 2004. Ensuite, il a ajouté un certain aspect spirituel à son existence, et tentait de rallier un maximum de gens à son point de vue, à la manière de Montag lorsqu’il adhère à la cause des livres.
Je n'ai connu aucune de ces versions de Marc. C'est d'ailleurs plutôt lui qui m'a rencontré lors de ma phase « Montag le brûleur ». Nous avons toujours été un peu décalés dans nos personnalités : quand je l'ai rencontré, je vivais encore une sorte de post-adolescence aigrie, et si j'ai atteint une certaine maturité, je suis loin de son niveau de vie : marié, avocat, heureux.
Quand nous nous rencontrons pour parler du livre et de notre relation, je n'ai pas grand chose à dire, ou à demander : en bon pédagogue et philosophe, Marc avait déjà une suite d'idées qu'il souhaitait me partager. Mais j'étais, d'un coté, préoccupé par la grève, et de l'autre, je constatais que cette amitié n'était pas à redéfinir, à réfléchir : c'est, après une période d'instabilité, une des relations les plus confortables et enrichissantes que j’entretiens. Nous étions sur la même longueur d'ondes : la lecture est une partie importante de la vie et ce roman prédit avec justesse les dangers d'une culture populaire qui pourrait écraser le potentiel de la littérature sur la vie des gens.
Cette journée-là, Marc et moi nous sommes assis pour discuter. Mais il n'y avait aucun doute que ce simple rituel allait se répéter ad infinitum pendant le cours de nos vies respectives. Enfin, je l'espère.
12 hommes 12 livres: Xavier et Pour qui sonne le glas
J'ai demandé à 12 hommes de me recommander des livres importants pour eux. Mon but final est de réévaluer mon rapport avec eux et avec les hommes en général. Juste avant de rejoindre la fameuse manifestation du 26 avril, je rencontre Xavier, professeur d'histoire au secondaire et ami de longue date, pour parler du très puissant roman « Pour qui sonne le glas » d'Ernest Hemingway.
Robert Jordan est un professeur d'espagnol, un américain qui participe activement à la guerre civile d'Espagne en tant que dynamiteur pour les communistes. Sa mission spécifique est de faire exploser un pont. C'est un ordre précis, venant d'autorités supérieures, auquel il ne peut absolument pas déroger. Et comme c'est souvent le cas dans la vie, rien ne va comme prévu, malgré la détermination obsessive du révolutionnaire.
Xavier m'a recommandé ce livre avant le début du conflit étudiant: ma lecture d'un pays en guerre civile, aux affrontements violents, décrivait pour moi une réalité très éloignée. Je ne parlerai pas de printemps érable (je trouve le terme insultant pour les luttes populaires au Moyen-Orient), mais dans le contexte de la grève étudiante, il est certain que notre interprétation du livre était modifiée, influencée par les manifestations souvent réprimées dans la violence ainsi que le clivage net entre différentes factions idéologiques.
«Je n'ai pas connu la violence, on est plusieurs à ne pas avoir connu la violence dans notre société », explique-t-il. « De voir écrit comment ça pourrait s'installer, comment c'est possible que ça s'installe, jusqu'où l'humain peut aller, c'est fascinant, ce bout-là se lit tout seul », dit-il. Le passage dont il est question est celui où des communistes espagnols d'un petit village encerclent un camp fasciste. Ils exécutent violemment, cruellement et publiquement des voisins fascistes. Les dérives autoritaires d'un groupe certain de sa justification morale, ça provoque de tels abus.
Nous ne sommes pas rendus à jeter des jeunes grévistes en bas d'une falaise ou à monter une guérilla clandestine contre les forces policières. Pour qui sonne le glas est un outil précieux pour relativiser notre colère et détecter les abus, dans le but de ne jamais se rendre là. Je l'accorde, il n'y a pas grand parallèle à faire entre la grève étudiante et la guerre civile espagnole (tant mieux!) mais notre paix sociale en est évidemment affectée et la violence a fait son entrée de jeu officielle dans les rues.
Le livre est aussi un éloge surprenant du moment présent. Les quatre journées fatidiques du groupe guerrier se déroulent en quatre-cents pages denses et intenses. À plusieurs reprises, Robert Jordan constate que sa vie se limite au cadre de ces quatre journées-là. Rien d'autre ne compte. Seul le moment présent existe. Le moment présent, c'est l'amour passionnel de Maria, l'amitié complexe de Pilar et une mission explosive. Il n'y a rien d'autre.
Pour qui sonne le glas est un roman marquant sur les compromis tragiques de toute guerre. La force de la plume d'Hemingway confirme toutes les idées reçues sur la férocité de l'auteur misogyne qui était également boxeur. Jamais une mission n'aura semblé aussi importante que la destruction de ce maudit pont par un dynamiteur qui souhaite obéir à des ordres précis mais qui est confronté à l'amour, la trahison, la mort et le doute.
Saying I Do – Rover Arts Interview with Jeffrey Eugenides, author of The Marriage Plot
Jeffrey Eugenides, author of The Virgin Suicides and Middlesex, opens his latest novel The Marriage Plot with an epigraph by François de La Rochefoucauld: “People would never fall in love if they hadn’t heard love talked about.”

Illustration: Dan Park
The Marriage Plot interweaves the story of three characters, the bookish and beautiful Madeleine, the restless Leonard, and the Renaissance man Mitchell. As they navigate through their final semesters at Brown University (Providence, Rhode Island) and the year that follows, they step out of the somewhat comfortable confines of academia into the wider world. Eugenides, who is far less cynical than Rochefoucauld, spins the story from a seed, itself included early on in the book, “Madeleine’s love troubles had begun at a time when the French theory she was reading deconstructed the very notion of love.”
Eugenides uses the academic environment to fill the novel with literature, semiotics, philosophy and biology. The characters study intellectual matters whilst confronting them bodily, making efforts to not submit to their animal selves. The Marriage Plot focusses on this fundamental tension, grounding the story and allowing Eugenides to create an ambitious and profoundly reaching novel.
Eugenides pulls on a bounty of euphonious English words throughout and has an ability to “whiplash” – as he puts it – mundane and superfluous observations: “Sanitation workers were sweeping the parks and sweeping the curbs, their uniforms impossibly clean,” “They had lunch in a restaurant near Whaler’s Wharf, with fishing nets hung on the walls. A sign in the window informed customers that the establishment would be closing in another week.”
One of Eugendies’ most warming qualities is his tremendous wit, reflected in pithy phrases, “Madeleine’s need for a shower was almost medical,” “Leonard’s exhaustion had to do with the inherent demands of the day, with getting up, getting dressed, making it to campus.” As he began in The Virgin Suicides, he continues his honest articulations of obsession, desire and sex, sometimes with hilarity. “All the while she’d been accusing Mitchell of objectifying women, he’d been secretly objectifying her. She had an incredible ass!” Or, “That was the odd thing about Leonard’s disease, the almost pleasurable way it began.”
The Marriage Plot is exquisitely focused and crafted. It’s interrogative, nerdy, funny, sensual, tragic and uplifting. Above all, it’s a great piece of drama, ambitious and comprehensive, which creates a space to dream.
I recently spoke with Jeffrey Eugenides about the novel, some of the questions it raises and how it sits relative to his other works.
What is The Marriage Plot about?
It’s about three young people getting out of college and entering the real world in 1982. Madeleine is an English Major, very besotted with the 19th century novel and struggling with her own environment of romantic ideals and various expectations about falling in love. Whereas Mitchell has always been in love with Madeleine, without any success, and Madeleine has a boyfriend Leonard who is a brilliant charismatic guy but who has also a certain secret, a mental instability. I think it’s three young people who are having their first real potent love affairs and trying to figure out what’s the proper way to be in them.
Does it reflect your own undergraduate experience at Brown University or with yourself in general?
I was remembering the time as best I could, the books we were reading, the debates we were having in terms of semiotics – because semiotics was just coming to the States at that point and everyone was fiercely debating whether it was the new creed, the new wisdom, or whether it was a crock.
I came across the Latin Phrase libido sciendi, or lust of knowing, which you seem to have as you navigate through many different areas of discourse, critical reflection and lived experience. Where does this lustful curiosity, if you agree with it, stem from and how do you manage it and focus it into the novel
Well, when I write a novel I usually begin with one idea. But that idea suggests another, which suggests another and so before long I have a kind of network of different interests and that requires me to sometimes learn about things in order to write about fiction. This began, really, with the idea – this whole book began with one sentence: Madeleine’s love troubles have begun at a time when the French theory she was reading deconstructed the very notion of love. The idea of a young woman emancipating herself from her romantic idealism by reading semiotic theory as she’s trying to get a grip on this concept of love, on being tyrannised by it, and at the same time as she’s doing that she falls in love with others in the classroom, so her heart and her head are at odds. But then I started really thinking about Leonard and his mental illness and after that I introduced the character of Mitchell who has an interest in mysticism. So already at that point with the three characters I’m starting to add on different areas of curiosity. Leonard is a biologist studying the mating of yeast. I had to learn a fair amount about how you go about genetic properties of yeast and I also had to remember a lot of the religious studies courses that I had taken to flesh out Mitchell’s personality and his thinking. So little by little if you write about people and really think about who they are and what they’d be interested in, you find yourself possessing or investigating many different zones of curiosity. And that’s how it happens.
You have a use of terse phrases that have an exuberant facility to imply a lot from a little. A couple I’ve picked out; “Madeleine paid no attention, quietly slicing and eating the first of fifty-seven grapefruits she subsisted on until New Year’s”, “She arrived back at college for her senior year, then, intent on being studious, career orientated and aggressively celibate.” I read somewhere that style, according to Martin Amis, “is not something grappled on to regular prose; it is intrinsic to perception.” I wonder if these phrases reflect your perception or a lightness of touch you’re trying to emulate.
Amis said something else that I always liked. He said that style, his morality in a sense, that in choosing to phrase something in one way or another you’re making choices about how to see the world, how to feel about the world and it’s not a mere ornament. It’s a culmination of discarding many false and cheap ways to say something. So there’s a discrimination that Amis equates as the morality and I always liked that idea.
I know why I wrote the first sentence because I was having dinner with a woman called Dodie Kazanjian who works for Vogue. She told me that the best diet you could have is the grape fruit diet. She said, just eat grapefruits, you actual expend more energy digesting the grapefruit and eating it that there is in the grapefruit. So she told me that while I was writing about Madeleine and I put it in. But you’re asking me about the way I write my sentences, the idea of the sentences, I don’t know. Both of those sentences have a comic whiplash at the end of them that I’m aware of when I write. It’s pretty intrinsic in the way that I write or see the world so it becomes fairly natural to me.
There’s a very funny line – Madeleine’s remembering an ex-boyfriend running lines for a play and she says, “His best dramatic moments came when the strain on his face from remembering his lines resembled the emotion he was trying to simulate.” Where does humour lie in the human condition, is it integral to the remarkable human resilience or indeed your own resilience?
I don’t really like people that don’t have a sense of humour, and I don’t like books that don’t have a sense of humour. I think I’ve always been happiest around people that make me laugh. In a sense it is a valid response to the absurdity of life and if you can’t find what’s funny then I’m not sure how you can actually get through your lives. So many novelists I like have a good sense of humour, not all, there are some that are very serious and I can still like the book, but it just comes so naturally to my personality that it would be impossible to keep it out of my writing.
You write, “There are some books that reached through the noise of life to grab you by the collar and speak only of the truest things.” Which books have done this for you?
Well, Herzog by Saul Bellow, certainly. The Aspern Papers by Henry James. But in this case I was really writing about Tolstoy. I think I’d put him up above anyone else is his ability to reach to reach out and talk about the most important things in life, a search for meaning, a search for God, what is means to have a child, what it means for people to die. He’s able to write about all the real fundamental human experiences with incredible clarity. That’s who I had in mind with that sentence, both his religious writings and his novels.
At the moment there is a zeitgeist of atheism re-emerging, a kind-of materialist reductivist atheism, and perhaps there’s a space that’s decreasing where you can talk about certain experiences, and these are going to be heavily bagagged words, like transcendent, awe-inspiring, and numinous. Do you recognize a need for that space and is this book a reflection of the need to create and preserve that space.
The re-emergent atheism is kind of surprising to me because it seems, at least in the intellectual or literary world, we’ve been in the zone of atheism for about a hundred years or more. I know there continues to be a huge segment, at least of the North American population, that is religious and maybe they disagree, but in the world I existed, or brought up in, there was not much talk about God or religion. And so, Dawkins and Hitchens are making arguments that have been settled in most peoples’ minds. Not entirely in my own, however, and it seems to me that there is a place to re-introduce the numinous or the transcendent and wonder about it. No matter what you’ve decided about the existence of God or not, we don’t know why we exist or why we are here. Especially when you’re young you have these moments where you feel it almost physically in your body, this strangeness of being alive. Why is the world the way it is? Is it an illusion? Is it real? Materialist arguments have never satisfied me to explain – well why do they come about? It seems impossible to write about people without having these questions be in their minds, because I think those questions are still in our minds. No one has settled it beyond reasonable doubt. To write about someone’s search for God doesn’t mean that I’m saying there definitely is a God and I know his address, but I do know that people do still go through these experiences trying to figure out how to live and that’s what I was trying to describe with Mitchell.

Of course the journalist Christopher Hitchens was very provocative when he touched on the subject that you touch in your book, about Mother Teresa. He called her “a fanatic, a fundamentalist, and a fraud.” Do you share his anger?
I’m friends with Christopher Hitchens and I think he’s great, and when I was writing this I was of course thinking about him and how he would dislike that part of the book. You know, there’s the character of Herb in this book who speaks some of the charges that Hitchens makes. But I wasn’t writing the book about Mother Teresa or trying to settle any argument about her. I was writing about someone who uses her, who takes the opportunity to test his level of altruism, by volunteering at their home. So it was beside the point what I really felt about her. I wouldn’t agree with Hitchens – I would agree that she was a fanatic but I’d agree that almost every saint is a fanatic.
In The Virgin Suicides you write from the young boys’ perspective, and in The Marriage Plot you go into three major characters’ perspectives. Some reviews labelled The Virgin Suicides as misogynistic; perhaps there is an unfair bias when a man is writing from a man’s perspective, or from a woman’s.
Well, The Virgin Suicides is written from the point of view of middle aged men remembering their adolescence. So they are kind of men who could never grow up and I think if you try to be truthful and honest and accurate about teenage boys and how they think about girls you quickly get to the viewpoint of it being called an obsessional or hyper-sexualised and if certain priggish people want to call it misogynistic they can. I don’t think that the boys’ interest in the girls is misogynistic. In Middlesex I wrote from the point of view of someone who’s intersex, who grew up and assumes a male identity. With The Marriage Plot, with Madeleine, it’s the first time that I’ve really written a book from the point-of-view of a woman. And I do so mainly without thinking of the person as a woman but just as a certain type of person who happens to be female and I think of her as an individual, imagining what she is like in all her particulars, what her family is like, what her interests are like, and I can put a lot of my own memories and my own history into her character. The places where I have to make sure I’m right about getting her female perspective down on the page I just have to imagine how certain things might be different for women in certain situations, whether it be socially, sexually, or the different problems women might have and the different things they would like that a man wouldn’t like. I usually get that from talking to women and asking them questions. Most of her character I’m able to do out of sheer empathy with the character.
I wondered if over the course 20 years, you felt the need to look at depression again or did it come naturally out as you started to write the novel.
This time I was intrigued by the idea. I knew that Madeleine had a boyfriend that had manic depression. I didn’t know who he was going to be or what it was going to be like but I was intrigued by that idea that she could have a boyfriend who was both the best and the worst of boyfriend possible. In his good states he’s charming, full of energy, wonderful to be around. In his bad states he’s childish and insufferable. Dramatically, I liked that idea, then when it came time to write about Leonard I found that I was extremely sympathetic to him and I didn’t know that this section of the book would be so long and so involved in writing about it, and by the end of feel as though I’d gone through some of those things myself. But that’s part of the discovery of writing a novel, sometimes characters you think might be minor turn out to be much, much larger as you get interested in them and that changes the entire structure of the book, the flavour of the book, and the centre even shifts. For me it was not a re-examination of mental illness, it’s the first time I tried to imagine it from the inside. In The Virgin Suicides the boys are outside those girls, you never go into the girls’ heads; you don’t know what’s going on. With Leonard you go in, the reader should experience his manic state in Cape Cod in the salt water taffy shop. You should really understand what it is like to be manic after reading this book. Whereas with reading The Virgin Suicides I don’t think you come out of it understanding what it’s like to be young and suicidal.
In Sofia Coppola’s film, The Virgin Suicides, by the sheer fact of there being whole actors, the Lisbon family was incarnated more than the book seemed to ever do. Is this an unavoidable feature of films, and would you let one of your novels be adapted into a film again?
Well, I just sold the rights for The Marriage Plot and I think out of all my books The Marriage Plot is the most suited for a film adaptation because it is a dramatized piece of work and I can see these people being enacted. With The Virgin Suicides, you’re absolutely right though, you never really see the girls, and you’re never sure how reliable the narrator is. Once they’re actresses and you can see them on the screen it gives a validity to the presentation of the book. But it was an inevitable consequence of film. It’s a very different medium, as soon as you take a book and make it into a film – it’s a different animal, it’s just not the same.
Last question. What are you writing now or next?
I have a book of short stories. I have about five or six of them done and I’ll write a couple more. I’ll have a book published in June.
Eugenides, Jeffrey, The Marriage Plot, published by Knopf Canada, 416 pages, 2011
Head to Rover Arts for the original article.
Quatre suggestions de lecture pour (re)découvrir la culture des Premières Nations
La Presse a révélé, la semaine passée, les conditions difficiles dans lesquelles vivent les étudiants autochtones, qui décrochent très tôt. Suite aux tentatives d’inclusions de ces communautés dans l’effort économique canadien, je suggère quatre lectures intéressantes qui offrent une vision plus vivante de ces premières nations.
A Fair Country, de John Ralston Saul
Essai
En une dizaine de pages, ce célèbre intellectuel canadien réécrit l’histoire du Canada et détruit le mythe selon lequel nous sommes une nation aux influences binaires française et anglaise. Il parle d’un triple héritage, incluant le patrimoine autochtone : comment aurions-nous pu survivre sans une collaboration étroite avec les communautés présentes? Nous sommes donc tous les fruits de ces rapports politiques, commerciaux, intellectuels et amoureux. L’œuvre de Saul, en général, est un brillant rappel de ce triple héritage qui a créé une nation canadienne unique et louable.
The Truth about Stories, de Thomas King
Essai
Dans un essai d’une rare élégance, Thomas King explique et dévoile quelques mythes fondateurs des Premières Nations, et nous rappelle l’importance du récit dans une histoire collective. Essai riche, simple et beau, il rappelle que les Premières Nations sont bel et bien vivantes et qu’elles ont des histoires à nous raconter. Conséquence politique et sociale d’un tel constat : un peuple vivant a des droits, des revendications et une histoire inachevée.
Through Black Spruce de Joseph Boyden
Roman
Double narration : un pilote amérindien comateux raconte sa difficile vie, ponctuée par la mort, le harcèlement et l’alcool, tandis que sa nièce quitte sa réserve pour rejoindre Montréal et New York dans le but de retrouver sa sœur, en qui elle semble se transformer graduellement. Fiction prenante mettant en vedette une vieille génération lucide et proche de la nature et une jeunesse avide de nouvelles expériences.
Scalped écrit par Jason Aaron et illustré par R.M Guerra
Bande Dessinée
Une fois que nous avons accepté ou compris que ces peuples ne sont pas morts, nous pouvons cesser de les stigmatiser ou de les limiter à une seule culture exotique de plumes, pipes et mohawks. Dashiell Bad Horse retourne à sa réserve américaine après des années d’exil : cette fois-ci, il est un agent secret du FBI et il doit aider à l’arrestation de l’homme le plus puissant de la réserve, Red Crow, qui contrôle tout sur son territoire. Une des meilleures séries de comic books que je n’ai jamais lue. Le récit est riche en héritage autochtone. La série est chargée d’une tension incroyable digne de toute histoire d’espionnage et présente des personnages complexes, colorés et originaux. La meilleure série bd depuis Preacher.
Évidemment, aucune de ces lectures ne remplace l’expérience réelle et le rapport humain. Je suis bien conscient qu’on ne devient pas haïtien en lisant du Laferrière ou arabe en lisant du Khaled Hosseini. Mais ces lectures, et d’autres comme celles-ci, pourraient permettre d’initier un dialogue avecdes peuples vivants qui partagent avec nous un important héritage.
L’Enfer, selon Palahniuk
Es-tu là, Chuck Palahniuk? C’est moi, Joseph Elfassi, ton fan incontesté depuis Fight Club, Choke, Invisible Monsters, etc. Je me demande : respectes-tu seulement ton contrat avec Randomhouse qui te demande quelques centaines de pages par année, sans trop porter attention à ce que tu écris?
Damned, la plus récente œuvre de l’auteur originaire de Portland, Oregon, relate l’histoire d’une grosse fille de treize ans dont les parents sont de riches célébrités hypocrites qui s’amusent à adopter des enfants de pays en guerre pour mousser leur image publique. Cette fillette, Madison, se retrouve en Enfer, entourée d’une distribution rappelant explicitement The Breakfast Club. Elle essaie de s’adapter à son nouvel environnement, composé de marées de sperme, de mers d’insectes, de montagnes de couches d’enfants et d’une légion de monstres et de démons issus de toutes les mythologies du monde.
Le livre est truffé de ces redondances propres à Chuck Palahniuk. Dans Fight Club, ça donnait « I know this, because Tyler knows this »… dans Damned, ça donne une série de variantes de répliques comme « Ma mère me dirait ceci, elle voudrait dire cela. », « Je suis peut-être une petite fille obèse et morte, mais je sais telles choses », « Je ne suis pas une petite Madame Salope », « bla bla bla »[1]. Les bla bla bla ne sont pas de mon cru, on retrouve ces répétitions dans le roman. D’ailleurs mon introduction est une imitation du roman : à chaque début de chapitre, Madison Spencer s’adresse à Satan, qu’elle cherche. Sans ces leitmotivs inutiles, le livre perdrait probablement cinquante pages…
Inexplicablement, cette fille se fait des amis en Enfer et décide de gravir les échelons de l’Éternité en combattant les plus grands méchants de l’Histoire, en débutant par Hitler (à qui elle vole violemment la moustache) en allant jusqu’à Attila le Hun, Caligula et Catherine de Médicis, entre autres. Munis de leurs totems importants, elle monte rapidement une armée de morts contre le Diable.
Je l’avoue, j’étais initialement emballé par la violence notoire de l’auteur (le livre Fight Club étant encore plus violent que le film du même nom), sa documentation intensive (techniques artistiques dans Diary, obsessions sexuelles dans Choke, vedettes hollywoodiennes des années 30 dans l’exécrable Tell-All) et ses revirements hallucinants. Hélas, Damned ressemble à une parodie de l’œuvre de Palahniuk, la violence et l’horreur y étant inclues comme un simple effet esthétique, donnant un résultat cliché, prévisible, sans réel sens…
Peut-être que je n’arrive pas à suivre l’auteur. Il est possible que son intelligente ironie m’échappe, que la beauté de son kitsch me dépasse, mais Chuck Palahniuk est en train de rejoindre les rangs d’Amélie Nothomb dans mes étagères de bibliothèque : je collectionnais avidement ses premiers romans, mais avec le temps, je me lasse et il est possible que je ne me jette plus sur ses nouveaux nés avec la même ardeur qu’autrefois.
Je t’aime, Chuck Palahniuk, mais je crois qu’on devrait commencer à fréquenter d’autres gens…
Palhaniuk, Chuck, Damned, Publié chez Doubleday Canada, 2011, 247 pages.
Le génie orwellien
Une bonne façon de soulever mon enthousiasme, c'est de tout simplement mentionner 1984: je vais commencer à parler des deux minutes de la haine, de la double pensée, de novlangue, et de tous ces autres concepts que George Orwell a inventé, imaginé ou plutôt nommé: selon moi l'auteur de 1984 a tout simplement mis le doigt sur toutes les tactiques, communicationnelles, militaires et légales utilisées par les pouvoirs en place pour garder le contrôle qui leur est si cher. George Orwell est un génie, et pour moi, 1984 est l'ultime chef d'oeuvre littéraire.
Mea culpa, inévitable classique américain
Bon, j'ai adoré "In Cold Blood" et "To Kill a Mockingbird". Cela ne veut pas dire que je vais aimer tous les classiques américains. Je suis désolé, F. Scott Fitzgerald. Sincèrement.
Départ imminent pour l’Onirie
Arborant le titre d’Alchimie de brocante, L’art de Joseph Cornell, le texte de Charles Simic m’a pour le moins laissée pantoise. Lorsqu’on me demandait qui était l’auteur de ce livre, signé Charles Simic, inspiré de l’œuvre de Joseph Cornell, traduit par Daniel Canty, je ne savais pas trop quoi répondre. Comme me l’a appris cette lecture, Joseph Cornell concevait de complexes et hétéroclites objets d’art à partir de trouvailles usagées, récupérées çà et là dans le New York du début du XXe siècle. Pris d’une folle admiration pour ce grand créateur, Charles Simic s’est donné pour quête de « traduire » en mots les images créées par Cornell. Or, comme on vous l’a peut-être ressassé des milliers de fois, je vous dirai : traduire, n’est-ce pas trahir ? Cette idée serait presque hors propos si elle n’était pas corroborée par l’importance centrale qu’elle occupe dans la postface, signée de la main du traducteur.
Je me suis toujours éloignée avec méfiance des cours de mon baccalauréat (en littérature) qui portaient sur l’intermédialité. Je ne voyais pas l’intérêt de me plonger dans la complexité des frontières entre les arts; les piliers qui soutiennent l’édifice de la littérature étant déjà bien assez difficiles à circonscrire. Voilà qu’à mon insu, un libraire du Port de tête m’a poussée sans crier gare dans cette zone grise, désagréable et insolite.
Il y a déjà trois voix qui impriment leurs mots dans ce recueil de textes. Ce n’est, semble-t-il, pas suffisant pour que soit complète l’expérience du lecteur, puisque l’auteur — Charles Simic ? Joseph Cornell ? Daniel Canty ? Chuck Norris ? — y ajoute des photographies des boîtes de Cornell. Que sont ces boîtes ? Elles se composent des objets étranges mis en commun par Cornell, qui produit des écosystèmes oniriques pris au piège dans de minuscules contenants.
Ce recueil m’a fascinée de par l’impudeur avec laquelle il expose aux yeux de tous les coutures grossières qui en relient les composantes. Si j’étais en présence de médiévistes, je dirais : n’est-ce pas là une « molt bele conjointure »* ? Trêve d’inside joke… ou de citations de Chrétien de Troyes… ce livre s’inscrit dans une mouvance qui prône le collage, le patchwork, sans revendiquer une quelconque uniformité pour le tout ainsi formé. La beauté du livre de Simic réside dans son hétérogénéité, dans sa bâtardise affirmée.
Inspiré du courant surréaliste sans s’y affilier complètement, ce texte de Simic est bien ratoureux en ce sens que, malgré un fond éclaté et une impossibilité de définir son appartenance générique, les phrases y sont en grande partie écrites au présent de l’indicatif et ne s’enorgueillissent pas de longues digressions. Simic cherchait-il à alléger son produit artistique ou bien cette simplicité verbale est-elle cœur de sa recherche esthétique ? Difficile à dire. À l’instar de Prochain Épisode d’Hubert Aquin ou du Conte du Graal de Chrétien de Troyes, Alchimie de brocante, L’art de Joseph Cornell, est une de ces œuvres qu’on peut relire encore et encore en y trouvant chaque fois des nouveautés à en dire.
* Erec et Énide, Chrétien de Troyes, éditions Le Livre de poche, 1992
Alchimie de brocante, L'Art de Joseph Cornell, Charles Simic, éditions du Noroît, 2010, 118 pages
Le vieil ami Roth
Le 31 décembre, j’achète 34 livres grâce à une généreuse carte-cadeau du temps des fêtes. Je relate, dans ce blog, ma quête pour lire les 34 livres aussi rapidement que possible. Dans quel but? Qui sait? Cette semaine, le premier Roth!
La vie a frappé un peu et je n’ai pas lu pendant deux jours. Après un sprint de lecture pour un café littéraire que je co-animais, j’ai pris une petite pause de littérature, trouvant que ma vie me fournissait suffisamment de quêtes, conflits et réflexions importantes sur l’existence sans avoir à en trouver dans les livres. Après ce bref hiatus (négligeable, quand on y pense) j’ai retrouvé mon ami, Philip Roth.
Je suis conscient de la connotation étrange que le mot ami puisse évoquer lorsque je parle d’un auteur américain, hyper célébré, que je ne rencontrerai jamais et avec qui l’échange est purement commercial et unidirectionnel (j’achète ses livres et je les lis, point). Mais je décide de faire fi des définitions classiques qui régissent notre monde, et je me rappelle de Dany Laferrière racontant comment, lors de soirées de lecture, il criait son désaccord à l’auteur, qu’il soit Borges ou un autre, réagissant violemment aux textes de celui-ci.
Dany Laferrière ne voit pas la littérature comme un échange unidirectionnel et statique, et j’ai réalisé que je me rapprochais de sa perception lorsque j’ai ouvert Goodbye Columbus de Philip Roth et qu’un grand calme a traversé mon esprit. Malgré les aléas de la vie, j’avais devant moi un vieux compagnon de route, qui sera toujours là, qui me comprend trop bien, mieux que beaucoup de personnes que je fréquente, même si je ne l’ai jamais rencontré.
C’est peut-être kitch, je sais, de considérer un auteur, ou encore pire, un livre, comme une source d’amitié. Et pourtant, lisant l’histoire de l’été amoureux de Neil Klugman, j’avais l’impression de retourner auprès d’un ami qui me racontait des histoires me rappelant un peu les miennes.
Un jeune garçon un peu pauvre (Neil) développe une relation amoureuse avec Brenda, une riche fille qui lui apprend l’amour, la passion et la perte dans un contexte de classes sociales incompatibles, dans les années cinquante. Ce n’est pas le meilleur exemple de la prose de Roth c’est sa première œuvre publiée. Mais dans l’état sensible dans lequel je me trouvais, aurais-je survécu à la lecture de American Pastoral?
À la suite de Goodbye Columbus se trouvent cinq brèves histoires de Philip Roth. Toutes traitent du rapport entre Juifs dans la diaspora américaine. J’ai particulièrement été marqué par deux histoires : dans Epstein, un général juif est graduellement tenté par la camaraderie insistante d’un soldat mythomane dont les motifs se révèlent finalement beaucoup moins nobles qu’ils ne paraissent, et dans Eli, the Fanatic, un jeune avocat névrosé est complètement dépassé par l’aménagement d’une Yeshiva (une école religieuse juive) dans sa communauté séculaire, et va simplement péter les plombs. Les deux récits sont épiques, bien rythmés, et m’ont procuré un plus grand plaisir littéraire que la novella Goodbye Columbus.
Une petite étape vient d’être franchie dans ma quête des 34 sur ce blog. Pour la quinzaine de livres qu’il reste, il n’y aura plus de Roth, mais cette lecture a confirmé, pour une énième fois, que cet auteur fera partie de ma vie, comme mes courriels avec une Anglaise en Finlande, comme mes soirées au bar Auprès de ma blonde et comme ma famille, imparfaite et changeante, mais essentielle et adorable.








