Soirée littérature à la Pinakotheke 2012
Hier, à la Galerie A.B. a eut lieu la soirée littérature de la Pinakotheke. Au long, le titre de l’édition 2012 va comme suit : Pinakotheke ou l’art de (ne pas) parler température. Pour citer les propos des organisateurs : « Dans les années 1960, Ulrike Meinhof publie l'article «Everybody talks about the weather... we don't». En ricochet à cette affirmation, PINAKOTHEKE s'interroge sur la nature des discussions. […] Ou l’art de (ne pas) parler température, c’est questionner la nature de ce que l'on raconte. L'art permet une rencontre : l'œuvre devient conversation entre l'artiste et le spectateur. »
Dans cet ordre d’idée, la Pinakotheke propose une série d’événements artistiques où le dialogue entre les œuvres et le spectateur tient une place centrale. Aussi, le projet offre une vitrine à des artistes qui en sont à leurs débuts, qui peuvent donc confronter leurs premières œuvres aux yeux du public.
Hier, Chloé, Joseph et moi avons présenté de courtes communications sur des œuvres littéraires qui nous ont marqués, ainsi que sur le projet de Baise-Livres en tant que tel. Joseph a expliqué la réflexion derrière son concept de « Douze hommes, douze livres », Chloé a présenté une très riche conférence intitulée «De l'intime au global: trois figures québécoises contemporaines», où elle a abordé les œuvres d’Éric Plamondon, de Samuel Archibald et de Martine Delvaux. Pour ma part, j’ai développé sur le thème du fétiche de la confession dans Paranoid Park, le film de Gus Van Sant, ainsi que dans le roman de Blake Nelson, dont le long-métrage s’inspire. Par la suite, Charles Singer a expliqué la genèse et la mission du blogue Poème Sale, qui se veut un espace de discussion et de diffusion de la poésie québécoise contemporaine. Finalement, Hubert Alain, un des organisateurs de Pinakotheke, s’est proposé de discuter de l'idée de littérature électronique, perçue en regard de la notion d’ « art médiatique ».
Je n’ai malheureusement pas pu rester pour entendre la lecture des créations d’Alice Michaud-Lapointe, Audrey-Anne Marchand, Roxane Desjardins, Mathieu Laflamme, Jean-Michel Philippon, Ingrid Tremblay, Charles Singher, Emmanuel Simard, Chloé Savoie-Bernard, Camille Robidoux, Julia Pawlowicz et Marie-Philippe Neault. Ces lectures ont été suivies par un micro ouvert, où tout un chacun pouvait présenter ses créations littéraires.
La semaine d’événements proposés par Pinakotheke se poursuit. Pour un aperçu de la programmation, voici l’horaire des soirées à venir, que vous trouverez également sur le site http://www.wix.com/pinakotheke/pinakotheke .
Lundi le 14 mai
19h00 - Soirée Projections et Court-Métrages
Films d'art:
«Autoportrait», «HOME MOVIE», «JAPÓN» et «FACES», par Alvaro Salvagno
«Variations», par Marco Battista et Etienne Plasse
Courts-métrages:
«Jacqueline Ultimatum», par Patrick Aubert
«D'où l'heureuse», par Noémie Boisclair
«Sur le Fil», par Élisabeth Desbiens
«Les Illuminés de la Grande Noirceur», par Catherine St-Arnaud
«Maternel», par Chloé Robichaud
«Arrête d'être peur Phantine», Frédérique Cournoyer
Documentaire:
«Eeyou Istchee», par Guillaume Pelletier et Nicolas Mory
Mardi le 15 mai
20h00 - Performances musicales par
Marjorie Fiset
Il danse avec les Genoux
Mercredi le 16 mai
19h00 - Performance par
Guillaume Drouin, Maude Forget Chiasson et Gabriel Lapierre
Jeudi le 17 mai
20h00 - Performances musicales par
Winston Balafre
Vendredi le 18 mai
19h00 - Soirée de création collective en collaboration avec La Réplique Franche pour le projet la Nuit de la Monarchie
Photographies: Joseph Elfassi
Gala de l’académie de la vie littéraire au tournant du 21ième siècle
C'est le temps de l'année où les diverses institutions font valoir le mérite des artistes, et remettent des prix. Les dimanches soirs sont donc souvent occupés à ces fameux galas qui nous font manquer Tout le monde en parle et qui suscitent toujours beaucoup de tweets à caractère «ergotage de critique officielle» au sujet de telle décision de l'académie (ou pire, du public), des nominations et des gagnants. Tous s'entendent à peu près toujours pour dire que «si on est pas contents, on a juste à pas l'écouter parce que de toute façon c'est une industrie comme toutes les autres, bla ble bli blo blu.». Alors que dimanche dernier, plusieurs comptaient les carrés rouges aux Jutras, je me suis rendue au Lambi pour assister à la troisième édition du Gala de l'académie de la vie littéraire au tournant du 21ième siècle, pour avoir la chance d'échapper à la foulée culturelle de masse, et le bonheur de faire des belles découvertes. La soirée s'est déroulée dans une ambiance légère et festive, sans faste ni suspense (les noms des récipiendaires étant donnés à l'avance) et fournissait l'occasion de récompenser des auteurs, artistes ou blogueurs trop peu couronnés selon l'académie, dont le jury est constitué de trois personnes. Au final, le but, c'était juste de donner des prix à des gens qui en méritent sans trop se prendre au sérieux. On y récompensait comme promis plusieurs œuvres ayant des qualités littéraires indéniables (comme les excellents noms de prix tels que mon préféré, Catherine Mavrikickass), autant francophones qu'anglophones, publiés sous toutes sortes de formats; blogs, fanzine, un personnage facebook s'est même vu officiellement consacré, ce qui n'est pas peu dire. En plus de se voir décerné une des fameuses cartes d'écrivains de Mathieu Arsenault (à collectionner, elles sont en vente à la librairie Le port de tête), les gagnants recevaient un trophée confectionné et surtout remis en personne par Vickie Gendreau. Voici la liste des vainqueurs: Roger Des Roches, Le nouveau temps du verbe être; Gillian Sze, The Anatomy of Clay; Mark Ambrose Harris, Beautiful Books; Caro Caron et Christine Redfern, Qui est Ana Mendieta; La collection "Inauditus", représentée par John Prosac; Naomi Fontaine, Kuessipan; Julie Brisebois, Pit Boilard, personnage de réseaux sociaux; Makenzy Orcel, Les Latrines; Alison McCreesh, Alison a fini l'école, blogue; Patrick Brisebois, Chant pour enfants morts, la réédition; Kayou Lepage, Le jour des vidanges, blogue; Jean-Philippe Tremblay, Carnavals divers; Daniel Canty, Wigrum et Alexandre Dostie et Pierre Brouillette-Hamelin - Duo Camaro. La remise des prix s'accompagnait de lectures des textes consacrés et était ponctuée de courtes performances musicales du groupe Propofol, suivi de Duo Camaro.
Étant donné qu'Herby Moreau ne se présente pas à ce type de soirées, j'ai quand même décidé de souligner quelques faits vestimentaires à faire rougir les tapis. Quand l'animateur/fondateur de la soirée effectue un changement de costume, tu ne peux plus douter du sérieux de la démarche, surtout si c'est pour troquer un veston queue de pie pour un chest orné d'un manteau de poil. Les lauréates de tous galas confondus n'avaient non plus rien à envier à la robe de Vickie Gendreau, qui, malgré les prouesses de remises de prix auxquelles elle s'est adonnée, a su garder ce qu’il fallait caché, même avec un décolleté qui défiait toutes lois de la gravité.
J'ai eu la chance de m'entretenir avec Mathieu Arsenault (entre deux changements de costumes), à propos des raisons pour lesquelles il a décidé d'inaugurer, il y a trois ans, le premier gala de l'académie de la vie littéraire au tournant du 21ième siècle (on éprouve beaucoup de plaisir à dire le titre au complet). Voici ce qu'il avait à me confier: après n'avoir pas remporté le prix des libraires auquel il était finaliste en 2009 pour son roman Vu d'ici, et considérant qu'il avait peu de chances de le remporter, il s'est tout simplement dit : « J'va me donner un prix, à tout va ». Évidemment, le tout est conçu avec un ton ironique, mais Mathieu se défend bien de remettre des prix futiles. «On ne se prend pas au sérieux, mais on fait des choses sérieuses». Si l'auteur, critique et essayiste écrit dans un article du tout Nouveau Projet qu'«il faut bien se l'avouer, l'underground à proprement parler n'existe pas à notre époque. [...] Mais il y a tout de même, en marge de la culture de masse, en marge de l'industrie culturelle, en marge même de notre époque, des artistes, des organisateurs d'évènements, des intellectuels, tout un réseau de gens qui font de leur isolement une force», il fait résolument partie de ces gens qui éclairent les racoins culturels et font valoir le mérite de ce qu'ils y trouvent. Comme Jean-Phillipe Tremblay le déclarait: «S'il existait pas, il faudrait l'inventer, sans quoi le milieu littéraire québécois grouillerait vraiment moins.»
Pour en savoir plus, on vous invite à consulter le compte-rendu de l'événement sur le blogue Poème Sale.
Gary Victor, extrêmes et ambiguïtés
Depuis le jour où mes yeux ont sillonné les dernières lignes de Saison de porcs, Gary Victor figure parmi mes auteurs pref', aux côtés de Chrétien de Troyes et de l'énergumène dont l'esprit tordu a produit Le Haut Livre du Graal. Moment jubilatoire s'il en est, j'ai eu l'occasion d'interviewer l'auteur le plus lu d'Haïti lors de son bref passage à Montréal. Voici le résultat !
Qui plus est, si vous souhaitez découvrir d'autres auteurs des éditions Mémoire d'encrier, je vous invite à regarder ce vidéo tourné lors d'une soirée de lectures publiques, de rencontres et de dédicaces organisée à la librairie Le Port de Tête quelques jours avant le Salon du Livre de Montréal.
Partout, la poésie

Camille Allard, l'instigatrice du projet[1]
La poésie est partout, croit Camille Allard. Dans les livres, évidemment, chez Miron, évidemment, mais on peut aussi la capter, croit-elle, dans le quotidien. Dans chaque moment, il y a matière à découvrir de la beauté, des atmosphères particulières. La poésie se retrouve dans les bibliothèques et les librairies, mais aussi dans le béton, dans la musique, dans les disputes à trois heures du matin avec les amis, dans les ongles rongés, dans l’angoisse et dans l’exaltation, dans le vol des oiseaux et dans la pinte de lait achetée à quatre heure de l’aprem, coin Hochelaga et Joliette. Partout.

C’est de cette idée qu’ont émergé les célébrations qu’organise mademoiselle Allard, nommées N’oublie pas ta poésie. Dans l’étroitesse somme toute conviviale du Touski, n’importe qui peut lire, chanter, danser à micro-ouvert. C’est dissipé, un peu brouillon, mais tout fonctionne : la poésie est là, et le public, bigarré, aussi. Nombreux sont ceux qui se sont déplacés le 25 février pour assister aux mises en textes des jeunes participants, qui ont lu autant de poèmes personnels que d’autres, empruntés pour la bonne cause. Des instants comme autant de rappels à ne jamais oublier de saisir l'ineffable des choses. Cela fonctionne, cela nous transporte et nous atteint juste là où il faut et nous donne envie de dire, « à la prochaine fois, Camille ».

Une partie du public
N’oublie pas ta poésie, chaque mois, au Touski, 1361, Ontario Est.
Dates des prochaines soirées à venir.
[1] Toutes les photos de ce billet ont été prises par Joseph Elfassi et ne peuvent être reproduites qu’avec sa permission.





