Le Baise-Livres de Chloé Savoie-Bernard
Dans les couloirs du Département des Littératures Françaises de l’Université de Montréal, je jure avoir déjà entendu, et plus d’une fois, «moi, j’n’aime pas la littérature québécoise», du ton que l’on utilise pour affirmer que l’on n’aime pas le céleri. Que les gens qui formeront un jour une institution qui s’octroie le pouvoir de faire rayonner une littérature préfère une littérature qui ne lui appartient pas en propre, une française, une étrangère, bref, une littérature ciselée par une autre identité que la nôtre me semble symptomatique d’un fait plus englobant : au Québec, il est mal vu d’apprécier ce que l’on est et ce que l’on crée, au risque de paraître imbu de soi. Pédant. Fra chié.
Ici, nous nous autoriserons à déborder de l’institution. Nous revendiquerons ce que nous sommes, en regardant dans le blanc des pages ce qui se fait de mieux et de pire au Québec en littérature. Nous nous regarderons en face. Nous produisons une littérature qui mérite que l’on s’y attarde. Qu’on la lise. Qu’on la critique. La littérature québécoise vit encore. Elle n’est pas morte après La nuit de la poésie de soixante-dix, que l’on ressasse dans nos Cégep, en omettant la poésie contemporaine. Elle a survécu à Aquin, à Miron. Elle est chez Dany Laferrière, chez Michel Tremblay, mais pas chez Marie Laberge. Surtout, elle est ailleurs, dans ces livres qui s’empoussièrent sur les tablettes de librairies indépendantes que nous aimerions vous faire connaitre. Elle n’est pas chez Renaud-Bray. Elle vit en vous ; vous le savez peut-être, ou peut-être pas, et nous aurons la prétention de la mettre à jour, avec insolence, dignité, sans provocation ni tape-à-l’œil, sans élitisme mais avec rigueur.
Bienvenue chez Baise-Livres, là où la littérature s’embrase.





February 15th, 2012 - 18:25
C’est vrai qu’il est mal vu d’apprécier les oeuvres indigènes… J’ai moi aussi trop souvent entendu cette réflexion péjorative au sujet de la littérature québécoise… «Bof, c’est québécois…». L’attrait pour l’exotisme est un beau réflexe de colonisé…